Gestion des déchets en Afrique et dans les Caraïbes : Focus sur l’atelier de Thiès

13-04-16 Désirée Kanyala 0 commentaire

Membres de la plateforme Re-Sources et participants à l’atelier posent pour la de famille à la fin de la journée de partage

Membres de la plateforme Re-Sources et participants à l’atelier posent pour la de famille
à la fin de la journée de partage

En résonance avec Paris où se tenait la COP21, c’est à Thiès au Sénégal que les membres de la plateforme Re-Sources se sont réunis pour mener des réflexions sur la problématique de la gestion durable des déchets solides dans les pays en développement. Le secteur « déchet et eaux usées » représente a minima 2,8% de la production mondiale de GES, et certains estiment que cette évaluation est largement sous-estimée (voir le rapport de Zéro Waste ). La Plateforme Re-Sources soutient  qu’une amélioration de la gestion des déchets dans les pays en développement est une solution pertinente et significative dans la lutte contre le changement climatique. L’atelier de Thiès a été organisé par la LVIA et a permis aux membres fondateurs de rencontrer les membres sénégalais de la Plateforme.

Déroulement de l’atelier Re-Sources

DSC01093Les travaux du 7ème atelier Re-Sources ont été lancés le 23 Novembre par M. Mohamed GUEYE, Coordonnateur national de la LVIA Sénégal, partenaire hôte de l’atelier. Il a souhaité la bienvenue à la vingtaine de participants venus du Nord et du Sud, pour cette rencontre qui durera jusqu’au 28 novembre 2015. La LVIA comprend plus de 40 volontaires et 120 experts déployés dans 12 pays d’Afrique et d’Europe de l’Est intervenant dans plusieurs domaines dont celui de l’assainissement. Au Sénégal, elle est notamment très active dans la commune de Thiès où elle possède une coordination nationale intervenant dans plusieurs domaines, dont celui de l’éducation environnementale.

Les travaux ont commencé par une analyse des activités de la plateforme depuis sa création et a fait un retour sur la mise en œuvre des décisions prises lors du dernier atelier à Porto-Novo en mai 2015. Il s’en est suivi un mini-atelier sur la  pérennisation de la plateforme et enfin, des travaux sur l’amélioration de la communication et de l’animation du réseau. Les jours suivants ont été consacrés aux activités de plaidoyer, de formation et de rédaction des guides techniques.

Visite de terrain

Les membres de Re-Sources ont effectué plusieurs visites de sites. Il s’agit d’une étape très importante, car elle poursuit un double objectif : s’enrichir des diverses expériences des acteurs dans leur milieu de travail et partager celle du Réseau Re-Sources. Deux sites étaient concernés : la station d’épuration des eaux usées de Thiès et PROPLAST industries, une entreprise de recyclage de déchets plastique.

Visite de la station d’épuration des eaux usées de Thiès :
M. fall, guidant les membres de la plateforme Re-Sources sur le site de la centrale

M. fall, guidant les membres de la plateforme Re-Sources sur le site de la centrale

La station d’épuration des eaux usées de Thiès a été construite pour la gestion des eaux usées de cette ville qui compte une population de 300 000 habitants. C’est un établissement public à vocation commerciale qui est financé par la redevance et par la commercialisation des sous-produits issus de son activité. Les visiteurs membres de la Plateforme, au nombre d’une trentaine, ont été reçus par M. Fall, chef d’usine, qui leur a permis de se familiariser avec les techniques de traitement des eaux usées. Si la centrale a été conçue pour recevoir et traiter 3000 m3/jour,  elle ne fonctionne actuellement qu’à 50% de sa capacité réelle. Pour cause, un taux de raccordement des quartiers insuffisant. Pour le traitement des eaux, la station utilise un traitement biologique  à l’issue duquel on obtient des boues qui seront transformées en engrais organique et revendues aux maraîchers installés à proximité de la station à 649 f CFA  le m3, et une phase liquide utilisée soit pour le lavage des équipements de la centrale, soit pour l’arrosage des plantes. Vingt jours s’écoulent entre l’entrée des eaux usées à la centrale et la sortie de l’eau clarifiée.

Proplast industries : une entreprise dynamique qui fait cas d’école
Macoumba NDIAGNE, présentant sa structure aux membres de la plateforme Re-Sources

Macoumba NDIAGNE, présentant sa structure aux membres de la plateforme Re-Sources

Pour découvrir l’expérience de Proplast, les membres de la plateforme se sont rendus à Silmang dans le sud de la ville. A leur arrivée sur le site, M. Macoumba NDIAGNE, manager de Proplast industries, leur a présenté sa structure. Créé en 1998 par l’ONG italienne LVIA, le centre de prétraitement des déchets plastiques Proplast a tout d’abord été géré par le groupement de promotion féminin  « Laak Jom » de Silmang.  L’objectif principal était d’impliquer la population dans la collecte en instaurant une valeur économique autour des déchets plastiques. En 2010, le centre PROPLAST prend la forme d’une SARL suivant le modèle d’un « social business » et devient « PROPLAST industries » : les 14 femmes employées et le cabinet ESPERE sont devenus actionnaires de l’entreprise. Cette dynamique a stimulé les activités de la structure au point qu’elle a rapidement été confrontée à certains problèmes, notamment celui de l’espace devenu trop restreint. En effet, aujourd’hui, Proplast emploie 243 personnes à temps plein, traite près de 1500 tonnes de déchets plastiques par an. La clientèle de PROPLAST est nationale et internationale. Malgré cela, l’offre demeure bien en deçà de la demande. A noter que le secteur du recyclage au Sénégal a fait émerger un marché de la récupération très florissant. Selon M. NDIAGNE, rien que sur la décharge de Dakar, ce sont 3 M.FCFA de chiffre d’affaires qui sont réalisés au quotidien par les différents acteurs qui y interagissent. Enfin il a exprimé le souhait que les ONG s’engagent davantage dans la dynamique d’autonomisation des structures qu’elles créent. Il a précisé son soutien à la mise en place de mesures RSE dans les entreprises, comme source de financement d’entreprises intervenant dans le recyclage.

Journée de partage

Placée sous le thème de la complémentarité des acteurs d’une commune pour la gestion durable des déchets ménagers, cette journée a été marquée par la présence du Maire de la ville de Thiès, parrain de la journée, et du Maire de la ville de Ndande.

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Ouverture de la journée de partage

Pour l’occasion, une quarantaine d’acteurs sénégalais venants d’ONG, d’entreprises privées, de communes, de collectifs d’enseignants engagés, de services techniques de l’Etat et d’organes de presse ont  répondu présents. La journée, qui s’est déroulée de 8 h à 19h, s’est articulée autour de 4 principaux thèmes. Au-delà du thème principal de la journée, brillamment introduit par Mme Pod Estelle NDOUR, Représentante de l’Unité de Coordination et de Gestion du PNGD (Programme National de la Gestion des Déchets), les participants ont suivi les expériences de de 3 acteurs intervenant au Sénégal. Il s’agit de l’expérience de l’ONG le Partenariat à Saint Louis, en matière d’éducation environnementale, présentée par M. Nor DIOP, en charge de la sensibilisation en milieu scolaire ; de l’expérience de la gestion intercommunale des déchets dans la ville de Kaolack présentée par Edouard François NDONG de Caritas Sénégal et pour finir de la gestion et la valorisation des déchets dans la ville de Ndande présentée par Nicolas JAMMET, du CEAS.

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Interview de Jocelyne DELARUE à la fin de la journée de partage

Armando, représentant local de la LVIA, a quant à lui souligné la prise de conscience politique sur les questions d’environnement qui a débuté au début des années 90, pour ne faire que croître à mesure que les enjeux sanitaires et socio-économiques de la gestion des déchets s’accentuaient. Il a décrit les activités de la LVIA au Sénégal en termes de gestion des déchets plastiques au sein de la commune de Thiès et a rappelé la nécessité de la pluralité des acteurs dans ce domaine.

Mme Delarue, chef de file de la Plateforme Re-Sources, a quant à elle rappelé l’urgence que représente la gestion des déchets dans le monde, en très forte corrélation avec la croissance démographique et le changement des modes de consommation. Mme Delarue a mis en exergue la nécessité de trouver des solutions locales, adaptées au contexte des PED et à bas coûts.

Enfin, M. Sylla, Maire de la Commune de Thiès, a exprimé l’importance que sa Mairie accorde à la gestion des déchets municipaux. Cependant, malgré une motivation certaine, il a exposé les difficultés rencontrées : il s’agit notamment du manque de connaissance dans le domaine et des problèmes d’organisation. Il a donc réitéré sa gratitude envers la Plateforme Re-Sources qui a choisi sa commune et a exprimé sa volonté de tirer le plus de solutions possibles de cette dernière. « Si Thiès n’est pas propre, tout le reste n’est pas important » a-t-il déclaré pour terminer son propos.

En fin de journée, des travaux en sous-groupes ont été organisés par M. Cheikh Fofana, adjoint au Directeur de l’environnement et des établissements classés du Sénégal, modérateur de cette journée. A l’issue de ces travaux, s’il y a une chose qui a particulièrement fait l’unanimité, c’est la nécessité de créer une synergie entre les acteurs de la gestion des déchets d’une commune afin de mieux organiser le secteur pour plus d’efficacité des actions.

Un bilan positif…

DSC01233A l’heure de la clôture de l’atelier, les participants en ont dressé un bilan très positif. Les 10 structures fondatrices et 4 membres sénégalais étaient présents et ont participé très activement aux travaux. Cet atelier a permis aux partenaires de repartir avec de nouvelles idées pour faire connaître la plateforme Re-Sources dans leurs pays respectifs. Tous les thèmes traités ont été jugés pertinents et très instructifs pour chacun. Pour clôturer cette semaine de travail, les prochaines rencontres ont été définies : une prochaine rencontre prévue en mars 2016 en marge de la conférence E3D (Énergie, Développement Durable et Déchets) à Lomé à laquelle plusieurs membres de Re-Sources participeront.



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