Burkina Faso : Communication des partenaires de la plateforme Re-Sources au Burkina Faso, à l’ occasion de la journée internationale sans sac plastique

03-07-15 Désirée Kanyala 2 Commentaires

3 juillet_Journée mondiale sans sacs plastiques 3 juillet_Journée mondiale sans sacs plastiques
Présentation de la Plateforme Re-Sources

La Plateforme Re-Sources est un réseau international d’experts composé de 38 organisations et institutions dans 12 pays qui a pour objectif d’améliorer la gestion et la valorisation des déchets dans les villes d’Afrique et des Caraïbes. Créée en 2013, la plateforme favorise les échanges formels et informels entre les membres, facilite la diffusion de bonnes pratiques, la réalisation de formations, le partage des informations  tout en menant des actions de plaidoyer à l’endroit des autorités nationales et communales en faveur d’un changement de mentalité dans le domaine de la gestion des déchets solides urbains. La Plateforme a son siège à Ouagadougou.

 Contexte :

Le sac plastique a fait son apparition depuis les années 60 dans les pays occidentaux. Conséquence des habitudes nées des sociétés de consommation et de la création des supermarchés, son apparition au Burkina Faso peut se situer vers les années 90. Dès lors, les industries africaines se sont lancées frénétiquement dans la production de sacs plastiques. Les consommateurs qui étaient pourtant habitués à l’utilisation d’emballages ou autres objets plus écologiques comme les paniers, les sacs en coton, en jute, en papier lors des courses domestiques ont progressivement délaissé ces solutions traditionnelles au profit des sacs plastiques. Plus de 500 milliards de sacs  plastiques sont distribués dans le monde d’après l’association anglo-saxonne « Reuse it ». Pourtant, un sachet ne sert qu’environ 20 mn (Source : Planetoscope)

La quantité de déchets plastiques produite  sur tout le territoire du  Burkina Faso se situe entre 200 000 à 300 000 tonnes par an dont  40 000 tonnes pour la seule ville de Ouagadougou selon « Burkina 24 » du 30 avril 2013. Dans les villes des pays en développement, même si la majeure partie des déchets est constituée de matière organique, on retrouve une part non négligeable de matières plastiques : 2 à 12 % en poids selon le niveau de vie du pays.

Si les plastiques ont une très grande utilité dans notre vie de tous les jours, les impacts négatifs liés à leur prolifération dans les villes et les campagnes ne sont plus à démontrer. Aujourd’hui plus 34% de la mortalité du cheptel au Burkina Faso est liée à l’ingestion du plastique par les animaux. Cette situation a des répercussions néfastes sur l’économie nationale: la filière élevage constitue une part non négligeable dans le PIB de notre pays, car elle représente 10,7% du secteur primaire, qui représente 31,7 % de l’économie nationale (sources : DGEP, ministère de l’économie et des finances du Burkina).

Les sachets plastiques se retrouvent partout dans les rues, dans les lieux publics et dans les champs. Avec les  pluies, ils s’engouffrent dans les caniveaux, empêchant l’écoulement de l’eau. Ceci peut engendrer des inondations. De plus, une dégradation de la qualité de l’air est occasionnée par l’incinération non contrôlée des déchets plastiques qui libèrent des substances polluantes souvent cancérigènes et par conséquent, très dangereuses pour la santé humaine.

Pour faire face au péril plastique, le gouvernement du Burkina Faso, à l’instar des autres pays de la sous-région, a adopté le 24 mai 2014, la loi n°017/2014 AN portant sur l’interdiction de la production, de l’importation, de la commercialisation et de la distribution des emballages et sachets plastiques non biodégradables. Cette loi est entrée en vigueur le 21 février 2015.

Un an après le vote de cette loi, des interrogations subsistent quant aux mesures prises par le gouvernement par rapport à la vulgarisation de la loi ainsi que les alternatives pouvant aider à l’abandon des emballages non biodégradables.

En effet, on a remarqué que depuis quelques mois, plusieurs emballages dits biodégradables sont utilisés dans le cadre du conditionnement de l’eau et autres denrées entrant dans la consommation courante et l’on se pose la question à savoir comment faire la différence entre  le « biodégradable » et le « non biodégradable ».

On constate aisément que les services s’appuient actuellement sur des éléments d’appréciation peu techniques pour les besoins d’homologation. A l’intérieur du pays, plusieurs personnes sont étonnées d’entendre parler de la dite loi parce qu’elles ne la connaissent pas. Ce qui nous fait croire que l’approche utilisée pendant l’élaboration de la loi au Burkina est dite participative mais n’a pas permis une forte implication des différents acteurs (Organisations de la société civile, entreprises, commerçants, consommateurs…). Un gros travail d’information d’éducation et de communication reste à faire à l’endroit de toutes les composantes de la société afin de les amener à comprendre le bien-fondé de cette loi et à adopter des comportements éco-citoyens.

Un autre constat non moins important est l’absence de promotion d’alternatives aux emballages plastiques non biodégradables.

 Face à cette situation, la plateforme Re-Sources propose aux autorités politiques nationales de prendre toutes les dispositions pour que l’application de la loi sur l’interdiction des sachets plastiques non biodégradables soit effective au Burkina Faso en agissant concrètement sur les recommandations suivantes :

  1. Mettre en œuvre et intensifier la stratégie de communication autour des sachets plastiques dans toutes les régions du pays afin de favoriser un changement de comportement dans l’utilisation du sachet plastique.
  2. Réaliser des actions d’information et de formation vers des acteurs clés comme la Douane, les Forestiers, la Police, la Chambre de commerce…, afin d’obtenir une meilleure implication de ceux-ci dans la mise en œuvre de la loi en leur fournissant les moyens nécessaires pour une adéquate action de contrôle sur le territoire national et aux frontières.
  3. Promouvoir des emballages écologiques comme ceux en coton ou en papier, car la stratégie basée essentiellement sur les emballages « biodégradables », qui ne sont pas sans conséquence sur l’environnement et sur les animaux, devrait uniquement être envisagée en urgence dans le court terme.
  4. Promouvoir la défiscalisation de tous les  emballages importés respectant les paramètres prévus par la loi.
  5. Mettre en place un fonds étatique pour la promotion et le financement d’activités de recyclage et de valorisation d’emballages plastiques.
  6. Déployer et communiquer davantage sur le Programme de Traitement et de Valorisation des Déchets Plastiques (PTVT, 10 avril 2015).
  7. Appliquer réellement les pénalités aux contrevenants.
  8. Privilégier une collaboration sous régionale dans la mise en œuvre de la loi.
Conclusion :
  • Afin d’accompagner la mise en œuvre de la loi, la Plateforme Re-Sources a entrepris de mener des actions de veille et de plaidoyer sur le terrain. Ceci se matérialisera de la manière suivante :
  • Mettre en place une cellule de veille sur l’avancée de la mise en œuvre de l’application de la loi ;
  • collecter des informations sur les alternatives pouvant aider à une meilleure application de la loi ;
  • assurer des actions d’information à l’endroit des populations ;
  • assurer des actions continues de plaidoyer à l’endroit des leaders d’opinion.

Ouagadougou le 2 juillet 2015

 Ont signé, les membres de la  Plateforme Re-Sources au Burkina Faso :

  • Le Centre Re-Sources
  • La LVIA
  • L’AFEP-Burkina
  • Le CEAS Burkina
  • Association BURKINASSARA
  • Autre Terre


Discussion

  • joseph Locht

    Texte un peu long mais bonne information sur cet aspect important pour le pays.
    Je pense que c’est à force de les répéter que les choses vont évoluer (lentement). Mettre en avant cette nécessité pour le pays.
    Penser supprimer toute utilisation des emballages plastiques est peut-être utopique mais est-il possible de pouvoir recycler ces nuisances dans ce pays?

    03-07-15 Répondre
  • B. NONGUIERMA

    Des structures partenaires s’investissent déjà dans le domaine, notamment dans le but de communiquer/sensibiliser les populations sur les impacts négatifs des sachets plastiques mais aussi pour transformer les déchets plastiques sous forme de matériaux de construction comme les pavés et des briques auto-bloquantes.

    03-07-15 Répondre

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